TEXTES
Le temps passe, mes objets le jalonnent
Un ensemble de panneaux peints rassemblés à même le sol,
vaste plan horizontal venant en intersection avec notre espace propre,
est paradoxalement perçu comme un volume.

Un espace pictural travaillé, abouti, soumis à la transgression d'un
corps à corps, livré au parcours aléatoire d'un pas à pas intime,
se révèle lieu d'intermédiation, entre terre et ciel.

Un monochrome succombe devant un effet de perspective lorsque
ses lignes de fuite se profilent en autant de lignes d'horizon.
Une image originale, singulière se joue de ses reproductions en
série placées en vis à vis.

Des boites vernissées et colorées s'entrouvrent sur leurs versants
contraires, tréfonds et pénombres.

Un film 35 millimètres réinséré dans le champ pictural laisse transparaître
ses images séquentielles mais, à distance, se transmute en une autre
image, image totalisante, image unique.

Des totems érigés, bouteilles à la mer, carnets flottants, livrent
d'improbables messages, si peu explicites, murmures isolés.

Une simple valise, comme abandonnée sur le quai d'une gare,
tour à tour menaçante ou dérisoire, secrète au fil des indices l'idée
du sacré jusqu'à devenir tabernacle.

Des palimpsestes s'articulent en procession des repentirs et attestent
de la puissance d'un cheminement.

Des impressions par jets d'encre sur dibonds ou papiers portent le dialogue
entre homme et machine. Echappées vers d'autres rivages.

Supports et matières, loin de leur première fonction, se conjuguent en
une étrange alchimie.
Bruno Chavanne